Biblia Sacra (Vulgata Clementina)

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40

15:1 Nicanor autem, ut comperit Judam esse in locis Samariæ, cogitavit cum omni impetu die sabbati committere bellum.

15:1 Cependant Nicanor apprit que Judas et ses compagnons étaient postés du côté de la Samarie, et il résolut de les attaquer en toute sûreté le jour du sabbat.

15:2 Judæis vero qui illum per necessitatem sequebantur, dicentibus : Ne ita ferociter et barbare feceris, sed honorem tribue diei sanctificationis, et honora eum qui universa conspicit :

15:2 Les Juifs qui le suivaient par contrainte, lui dirent : « Ne les massacre pas d’une manière si féroce et si barbare, mais rends gloire au jour qui a été honoré et sanctifié par Celui qui gouverne tout. »

15:3 ille infelix interrogavit si est potens in cælo, qui imperavit agi diem sabbatorum.

15:3 Alors ce triple scélérat demanda s’il y avait au ciel un souverain qui eût ordonné de célébrer le jour du sabbat.

15:4 Et respondentibus illis : Est Dominus vivus ipse in cælo potens, qui jussit agi septimam diem :

15:4 Ils lui répondirent : « C’est le Seigneur, Dieu vivant, lui le souverain Maître au ciel, qui a ordonné de solenniser le septième jour ». —

15:5 at ille ait : Et ego potens sum super terram qui impero sumi arma, et negotia regis impleri. Tamen non obtinuit ut consilium perficeret.

15:5 « Et moi aussi, reprit l’autre, je suis souverain sur la terre, et je commande qu’on prenne les armes et qu’on fasse le service du roi. » Pourtant il ne réussit pas à réaliser son mauvais dessein.

15:6 Et Nicanor quidem cum summa superbia erectus, cogitaverat commune trophæum statuere de Juda.

15:6 Pendant que Nicanor, dans son orgueilleuse sécurité, songeait à dresser un trophée commun de Judas et de ses compagnons,

15:7 Machabæus autem semper confidebat cum omni spe auxilium sibi a Deo affuturum :

15:7 Machabée ne cessait d’avoir confiance, avec pleine espérance, qu’il obtiendrait assistance de la part du Seigneur.

15:8 et hortabatur suos ne formidarent ad adventum nationum, sed in mente haberent adjutoria sibi facta de cælo, et nunc sperarent ab Omnipotente sibi affuturam victoriam.

15:8 Il exhortait les siens à ne pas craindre l’attaque des nations, mais, se souvenant des secours que le Ciel leur avait accordés dans le passé, à compter que le Tout-Puissant leur donnerait encore en ce moment aide et victoire.

15:9 Et allocutus eos de lege et prophetis, admonens etiam certamina quæ fecerant prius, promptiores constituit eos :

15:9 Il les encouragea en citant la loi et les prophètes, et leur rappela en outre les combats qu’ils avaient soutenus, et leur inspira ainsi une grande ardeur.

15:10 et ita animis eorum erectis simul ostendebat gentium fallaciam, et juramentorum prævaricationem.

15:10 Après avoir relevé leur courage, il leur donna ses ordres, leur représentant en même temps la perfidie des nations et leur violation des serments.

15:11 Singulos autem illorum armavit, non clypei et hastæ munitione, sed sermonibus optimis et exhortationibus, exposito digno fide somnio, per quod universos lætificavit.

15:11 Quand il eut armé chacun d’eux, non pas tant de la sécurité que donnent les boucliers et les lances, mais de la confiance qu’inspirent les bonnes paroles, il leur raconta en outre un songe digne de foi, une vision réelle, qui les réjouit tous.

15:12 Erat autem hujuscemodi visus : Oniam, qui fuerat summus sacerdos, virum bonum et benignum, verecundum visu, modestum moribus, et eloquio decorum, et qui a puero in virtutibus exercitatus sit, manus protendentem orare pro omni populo Judæorum.

15:12 Voici ce qu’il avait vu : Le grand prêtre Onias, cet homme de bien, d’un abord modeste et de mœurs douces, distingué dans son langage et adonné dès l’enfance à toutes les pratiques de la vertu, il l’avait vu, les mains étendues, priant pour toute la nation des Juifs.

15:13 Post hoc apparuisse et alium virum ætate et gloria mirabilem, et magni decoris habitudine circa illum.

15:13 Ensuite lui était apparu, de la même manière, un homme distingué par son grand âge et son air de dignité, d’un aspect admirable, et entouré de la plus imposante majesté.

15:14 Respondentem vero Oniam dixisse : Hic est fratrum amator, et populi Israël : hic est qui multum orat pro populo et universa sancta civitate, Jeremias propheta Dei.

15:14 Onias, prenant la parole, lui avait dit : « Celui-ci est l’ami de ses frères, qui prie beaucoup pour le peuple et pour la ville sainte, Jérémie, le prophète de Dieu. »

15:15 Extendisse autem Jeremiam dextram, et dedisse Judæ gladium aureum, dicentem :

15:15 Puis Jérémie, étendant la main droite, avait donné à Judas une épée d’or et, en la lui remettant, il avait dit :

15:16 Accipe sanctum gladium munus a Deo, in quo dejicies adversarios populi mei Israël.

15:16 « Prends cette sainte épée, c’est un don de Dieu ; avec elle tu briseras tes ennemis. »

15:17 Exhortati itaque Judæ sermonibus bonis valde, de quibus extolli posset impetus, et animi juvenum confortari, statuerunt dimicare et confligere fortiter : ut virtus de negotiis judicaret, eo quod civitas sancta et templum periclitarentur.

15:17 Animés par ces nobles paroles de Judas, bien capables d’exciter à la vaillance et de fortifier les âmes des jeunes gens, ils résolurent de ne pas se retrancher dans un camp, mais de se jeter hardiment sur l’ennemi, et, dans un combat acharné, de décider l’affaire, puisque la ville, la religion et le temple étaient en péril.

15:18 Erat enim pro uxoribus et filiis, itemque pro fratribus et cognatis, minor sollicitudo : maximus vero et primus pro sanctitate timor erat templi.

15:18 Car, dans cette lutte, ils songeaient moins à leurs femmes, à leurs enfants, à leurs frères et à leurs proches ; leur plus grande crainte, et la première, était pour le temple saint.

15:19 Sed et eos qui in civitate erant, non minima sollicitudo habebat pro his qui congressuri erant.

15:19 L’angoisse des citoyens restés dans la ville n’était pas moindre, inquiets qu’ils étaient sur l’issue du combat qui allait se livrer dehors.

15:20 Et cum jam omnes sperarent judicium futurum, hostesque adessent atque exercitus esset ordinatus, bestiæ equitesque opportuno in loco compositi,

15:20 Pendant que tous attendaient le prochain dénouement, que déjà les ennemis se rassemblaient, en ordre de bataille, que les éléphants étaient disposés à la place convenable et les cavaliers sur les ailes,

15:21 considerans Machabæus adventum multitudinis, et apparatum varium armorum, et ferocitatem bestiarum, extendens manus in cælum, prodigia facientem Dominum invocavit, qui non secundum armorum potentiam, sed prout ipsi placet, dat dignis victoriam.

15:21 Machabée, voyant cette immense multitude, l’appareil varié de leurs armes, l’aspect farouche des éléphants, habilement disposés, leva les mains au ciel et invoqua le Seigneur qui fait des prodiges ; car il savait que la victoire ne vient pas de la force des armes, mais que c’est Dieu qui en décide et l’accorde à ceux qui en sont dignes.

15:22 Dixit autem invocans hoc modo : Tu Domine, qui misisti angelum tuum sub Ezechia rege Juda, et interfecisti de castris Sennacherib centum octoginta quinque millia :

15:22 Voici quelle fut sa prière : « Vous, souverain Maître, qui avez envoyé votre ange, sous Ézéchias, roi de Juda, et qui avez exterminé cent quatre-vingt cinq mille hommes du camp de Sennachérib,

15:23 et nunc, dominator cælorum, mitte angelum tuum bonum ante nos in timore et tremore magnitudinis brachii tui,

15:23 maintenant encore, ô Souverain des cieux, envoyez votre bon ange devant nous, pour qu’il répande la crainte et l’effroi.

15:24 ut metuant qui cum blasphemia veniunt adversus sanctum populum tuum. Et hic quidem ita peroravit.

15:24 Que par la grandeur de votre bras soient frappés ceux qui sont venus, le blasphème à la bouche, contre votre peuple saint ! « Telles furent ses paroles.

15:25 Nicanor autem et qui cum ipso erant, cum tubis et canticis admovebant.

15:25 Cependant Nicanor et son armée s’avançaient au son des trompettes et des chants de guerre.

15:26 Judas vero et qui cum eo erant, invocato Deo, per orationes congressi sunt :

15:26 Judas et les siens engagèrent le combat en invoquant et en priant.

15:27 manu quidem pugnantes, sed Dominum cordibus orantes, prostraverunt non minus triginta quinque millia, præsentia Dei magnifice delectati.

15:27 Combattant de leurs bras et priant Dieu dans leurs cœurs, ils couchèrent par terre au moins trente-cinq mille hommes, et ils se réjouirent grandement du secours manifeste de Dieu.

15:28 Cumque cessassent, et cum gaudio redirent, cognoverunt Nicanorem ruisse cum armis suis.

15:28 L’affaire terminée, pendant qu’ils se débandaient joyeusement, ils reconnurent que Nicanor était tombé, revêtu de son armure.

15:29 Facto itaque clamore, et perturbatione excitata, patria voce omnipotentem Dominum benedicebant.

15:29 Alors, au milieu des clameurs et de la confusion, ils bénirent le Maître souverain dans la langue de leurs pères.

15:30 Præcepit autem Judas, qui per omnia corpore et animo mori pro civibus paratus erat, caput Nicanoris, et manum cum humero abscissam, Jerosolymam perferri.

15:30 Et celui qui s’était consacré tout entier, corps et âme, à la défense de ses concitoyens, qui avait conservé pour ses compatriotes l’affection de sa jeunesse, Judas ordonna de couper la tête de Nicanor et sa main avec son bras, et de les porter à Jérusalem.

15:31 Quo cum pervenisset, convocatis contribulibus et sacerdotibus ad altare, accersiit et eos qui in arce erant.

15:31 Il s’y rendit lui-même, convoqua ses compatriotes et les prêtres, et, s’étant placé devant l’autel, il envoya chercher ceux de la citadelle,

15:32 Et ostenso capite Nicanoris, et manu nefaria quam extendens contra domum sanctam omnipotentis Dei magnifice gloriatus est.

15:32 et il leur montra la tête du criminel Nicanor et la main que ce blasphémateur avait étendue avec tant d’insolence contre la demeure sainte du Tout-Puissant.

15:33 Linguam etiam impii Nicanoris præcisam jussit particulatim avibus dari : manum autem dementis contra templum suspendi.

15:33 Puis, ayant coupé la langue de l’impie Nicanor, il voulut qu’on la donnât par morceaux en pâture aux oiseaux, et qu’on suspendit en face du temple le prix remporté par sa folie.

15:34 Omnes igitur cæli benedixerunt Dominum, dicentes : Benedictus qui locum suum incontaminatum servavit.

15:34 Tous firent monter vers le ciel des bénédictions au Seigneur glorieux, en disant : « Béni soit Celui qui a gardé sa demeure sans souillure ! »

15:35 Suspendit autem Nicanoris caput in summa arce, ut evidens esset, et manifestum signum auxilii Dei.

15:35 Judas attacha la tête de Nicanor à la citadelle, comme un signe manifeste et visible à tous du secours du Seigneur.

15:36 Itaque omnes communi consilio decreverunt nullo modo diem istum absque celebritate præterire :

15:36 D’un commun accord on rendit un édit public ordonnant de ne pas laisser passer ce jour sans solennité,

15:37 habere autem celebritatem tertiadecima die mensis Adar, quod dicitur voce syriaca, pridie Mardochæi diei.

15:37 mais de célébrer le treizième jour du douzième mois, appelé Adar en syriaque, la veille du jour dit de Mardochée.

15:38 Igitur his erga Nicanorem gestis, et ex illis temporibus ab Hebræis civitate possessa, ego quoque in his faciam finem sermonis.

15:38 Ainsi se passèrent les choses concernant Nicanor, et, comme à partir de ce temps, la ville demeura en possession des Hébreux, moi aussi je finirai là mon récit.

15:39 Et si quidem bene, et ut historiæ competit, hoc et ipse velim : sin autem minus digne, concedendum est mihi.

15:39 Si la disposition des faits en est heureuse et bien conçue, c’est aussi ce que j’ai voulu ; si elle est imparfaite et médiocre, c’est tout ce que j’ai pu faire.

15:40 Sicut enim vinum semper bibere, aut semper aquam, contrarium est ; alternis autem uti, delectabile : ita legentibus si semper exactus sit sermo, non erit gratus. Hic ergo erit consummatus.

15:40 Car de même qu’il ne vaut rien de boire seulement du vin ou seulement de l’eau, tandis que le vin mêlé à l’eau est bon et produit une agréable jouissance, de même c’est l’art de disposer le récit qui charme les oreilles de ceux qui lisent l’histoire. C’est donc ici que je termine.